La mise en vente de SIPTEX, première installation industrielle européenne de tri textile automatisé à grande échelle basée en Suède, illustre les limites actuelles du modèle du recyclage fibre-à-fibre identifié comme la solution magique par de nombreux acteurs de la filière textile.
Malgré une technologie de pointe et un consortium d’acteurs majeurs de l’industrie textile et de la distribution (dont H&M, IKEA, Boer Group,...), le site se heurte à des obstacles structurels:
absence de marchés aval matures pour les textiles triés,
difficulté des fibres recyclées à concurrencer économiquement les fibres vierges,
dépendance à des volumes massifs et à des conditions de marché instables,
décalage entre investissements industriels lourds et cadres réglementaires encore insuffisants.
Le résultat est tangible : 1 200 tonnes de textiles stockées sans débouché identifié. Cette logique s'applique à la quasi totalité de la chaine de valeur.
Il ne s’agit pas d’un échec technologique, mais d’un échec de modèle économique et systémique.
La position des membres de la Fédération RESSOURCES à ce niveau est claire : ce cas confirme qu’une stratégie centrée prioritairement sur des solutions aval coûteuses et complexes ne peut, à elle seule, répondre aux enjeux du textile.
Les priorités doivent être claires et hiérarchisées :
- Réduire le volume de textiles mis sur le marché, en agissant sur la surproduction.
- Contraindre les producteurs, au niveau européen, à couvrir le coût réel et complet des textiles en fin de vie.
- Prioriser le réemploi et la réparation, conformément à la hiérarchie des déchets, avant toute option de recyclage.
- Soutenir des solutions de recyclage crédibles, capables de changer d’échelle sans investissements colossaux ni dépendance massive aux fonds publics, comme l’isolant thermique à base de coton recyclé développé par l’entreprise sociale IsoFabric.
La circularité textile ne se construira pas uniquement avec des technologies lourdes, coûteuses ou des promesses de recyclage infini.
Elle repose d’abord sur des choix politiques, économiques et industriels cohérents, alignés avec la réduction des impacts à la source.